L’article analyse l’exclusion des femmes de l’historiographie dans l’Empire russe au XIXᵉ siècle, une exclusion liée à la faiblesse de l’éducation féminine, à des réformes éducatives inégalitaires et à l’idéologie des « sphères séparées ». Malgré des ouvertures tardives et fragiles de l’enseignement supérieur aux femmes, celles-ci demeurent largement marginalisées dans le champ académique, ce qui les contraint à développer des formes alternatives de production du savoir historique. L’article met particulièrement en lumière la figure d’Eléna Likhatchova, considérée comme la fondatrice de l’historiographie féminine en Russie, dont l’œuvre majeure sur l’histoire de l’éducation des femmes russes constitue à la fois un travail scientifique pionnier, un acte féministe, un geste réflexif et une contribution historiographique durable. En s’appuyant sur la collecte systématique des sources et une approche sociale et culturelle, Likhatchova a fait de l’instruction féminine un objet historique légitime, tout en illustrant la façon dont une position non institutionnelle peut favoriser l’émergence de nouveaux objets et de nouvelles perspectives dans l’écriture de l’histoire.
The article examines the exclusion of women in the Russian Empire from nineteenth-century historiography, an exclusion rooted in the limited access of women to education, unequal educational reforms, and the ideology of “separate spheres.” Despite belated and fragile openings of higher education to women, they remained largely marginalized within academic institutions, which led them to develop alternative modes of producing historical knowledge. Particular attention is given to Elena Likhachova, regarded as the founder of women’s historiography in Russia. Her major work on the history of women’s education in Russia stands as a pioneering scholarly contribution, simultaneously functioning as a feminist intervention, a reflexive undertaking, and a lasting historiographical achievement. Through the systematic collection of sources and a social and cultural approach, Likhachova established women’s education as a legitimate historical object, while demonstrating how a non-institutional position can enable the emergence of new subjects and perspectives in historical writing.
Article paru dans : Écrire l’histoire, n°26 (« Paroles (d’)historiennes au XIXe siècle »), 2026.
En ligne sur openeditions: https://journals.openedition.org/elh/5873